Quand ton enfant TDAH ou HPI sort de ses gonds

par | Nov 20, 2021 | Le Blog | 0 commentaires

S’il est une émotion qui peut provoquer des tempêtes démesurées, c’est bien la colère.

Je choisis aujourd’hui d’aborder un sujet très « touchy » (sensible) – et malheureusement aussi encore trop tabou. Alors j’ai décidé de te parler de ce que j’ai vécu ou vis encore parfois mais de manière plus marginale avec mes filles ado, toutes deux HPI (à Haut Potentiel Intellectuel) et TDAH (Trouble du Déficit de l’attention avec/sans Hyperactivité).

Des « crises » de colère qui donnent lieu à ce que la société considère comme inadmissible.

Et que tu vis toi aussi peut-être sans oser en parler.

colère enfant TDAH HPI

Inutile de se voiler la face, nos enfants « neuro atypiques » ont des comportements qui sont souvent plus challengeant que les autres enfants. Quand ils sont en colère, ils peuvent nous frapper, nous insulter, jeter des objets ou encore se blesser.

Alors comment faire lorsque l’on souhaite malgré tout rester un parent respectueux et éviter la violence éducative ?

Mon enfant m’insulte, me frappe…

Il y a quelques mois, je suis retombée sur mon cahier de travail « Parler pour que les enfants écoutent » que j’avais rempli lorsque j’ai suivi les ateliers Faber et Mazlish. Cela devait être en 2013… oui, ça date. Ma fille aînée avait alors 6 ans et ma cadette à peine 3 ans.

Pour travailler sur la résolution de problème, j’avais choisi une situation qui était devenue quasi-systématique lorsque je rentrais du travail et difficile à vivre pour moi. Voici texto ce que j’avais écrit au sujet de ma fille de 6 ans : « Dès que je rentre du travail, elle fait des « crises » : insultes, insolence vis à vis de moi, gestes et paroles violentes envers sa soeur. » Je crois que je n’avais pas osé écrire qu’il lui arrivait aussi de me taper ou de me donner des coups de pieds.

Cela s’est calmé peu à peu. La technique de résolution de problème que j’avais alors mise en application nous avais aidé. Mais avec du recul, c’est aussi le fait de continuer à revoir ma posture parentale, de me questionner sur la relation à mon enfant, de la nourrir à travers la connexion qui ont permis cela.

Il y a eu d’autres périodes plus difficiles depuis lors. Avec ma fille aînée mais aussi avec sa petite soeur, qui grandissait. A tel point que la psy du Centre Médico-Psychologique où ma cadette a été suivie pendant quelques temps m’a conseillée l’ouvrage de Haim Omer « La résistance non violente : Une nouvelle approche des enfants violents et autodestructeurs. » En me précisant que mes enfants n’en étaient pas là mais que cela pouvait tout de même être inspirant de le lire. Et cela l’a été, effectivement. C’est aussi devenu l’un de mes outils en matière d’accompagnement.

Tout cela pour te dire que si toi aussi, ton enfant t’insulte, te frappe, te jette des objets à la figure, tu n’es pas seule. Et que cela arrive à bien plus de mamans que l’on ne pourrait le croire.

Ceci étant posé, je te propose de voir ce que tu peux faire pour en sortir.

 

Et si tu prenais un peu de recul ?

Comment ? En prenant connaissance ou en te remémorant les choses suivantes :

📌  Tout est question de maturité (du cerveau)

La maturité du cerveau est un long processus. Je t’en parle un peu plus en détail dans mon billet sur les tempêtes émotionnelles : https://le-metier-a-tisser.com/tempete-emotionnelle/

Le développement des différentes aires cérébrales et des connexions neuronales est même encore plus long pour les cerveaux « TDAH » comme je te le précise dans une autre billet de blog : https://le-metier-a-tisser.com/comprendre-le-cerveau-tdah-essentiel/

Ce n’est qu’à partir de 6/7 ans voire même plus pour nos enfants « neuro atypiques » que la régulation émotionnelle va pouvoir peu à peu se mettre en place. Et ce sera long… alors accroche-toi ! C’est pour le bien de ton enfant.

📌  C’est physiologique !

Il est normal pour un enfant d’exprimer sa colère de manière bruyante et de manière physique. C’est physiologique. Le corps est mis sous tension lors d’une émotion et ce sont les paroles et les gestes qui vont permettre ce que l’on appelle la « décharge », indispensable à un retour à l’équilibre du corps et de l’esprit.

📌 L’inhibition et ton enfant, ça fait deux

Les enfants TDAH – mais cela peut aussi être le cas des enfants HPI – ont quelques soucis avec l’inhibition, c’est à dire le fait de s’interdire de dire ou faire quelque chose pour avoir une réponse appropriée à la situation. L’inhibition fait partie des fonctions dites exécutives, qui font l’objet d’un long apprentissage pour tous les enfants mais qui restent souvent un challenge pour les enfants et adolescents TDAH .

📌  Et que dire de l’impulsivité ?

L’impulsivité vient aussi jouer des tours à ton enfant TDAH. L’impulsivité, c’est l’impossibilité de différer une action, une parole. De prendre le temps de réfléchir avant d’agir. Cela peut donc très rapidement « partir en live » quand ton enfant est frustré 😉

📌 C’est sain d’éprouver de la colère

La colère est une émotion saine. Elle permet à l’enfant de poser ses limites, de s’insurger contre l’injustice, d’inviter à mettre le doigt sur l’un de ses besoins non satisfait. Elle fait partie intégrante de sa construction même si elle n’est pas simple à accepter par l’entourage.

📌 Quels modèles pour ton enfant ?

Ton enfant a peut-être aussi autour de lui des adultes qui ont beaucoup de mal à traverser sainement leur colère. Toi-même ? son papa ? sa grand-mère ? son enseignant ? Or, on sait aujourd’hui que l’enfant apprend beaucoup par mimétisme. Ses neurones miroirs lui permettent d’intégrer les comportements de son entourage dont il est témoin pour pouvoir les reproduire.

📌 Sa figure d’attachement

Et enfin, tu es très probablement la figure d’attachement de ton enfant. Celle auprès de qui il peut tout se permettre car il se sent profondément aimé et en sécurité avec toi.

J’ai souvent entendu des papas (à commencer par mon mari) dire à la maman que si son enfant ne la respectait pas, c ‘est parce qu’elle n’était pas assez ferme. Que cela ne se passait jamais comme cela avec lui. C’est très culpabilisant, n’est-ce pas ?

Mais je sais aujourd’hui que c’est faux. Ce n’est pas une question de fermeté ou de limites à poser mais bien le fait que ton enfant ait assez en confiance avec toi pour se laisser aller dans ses instincts les plus primaires sans craindre de perdre ton amour.

Est-ce que toutes ces infos t’aident déjà à voir les choses sous un autre jour ? Je l’espère.

Passons maintenant aux pistes d’actions pour faire face à ces moments vraiment difficiles à vivre.

Des clefs pour surmonter les accès de violence de ton enfant

⭐ Le « Scan éclair »

Analyse très rapidement ta capacité à gérer tes propres émotions au moment même de l’explosion.

Si tu sens que tu es toi aussi sur le point de craquer, essaye de t’isoler quelques instants dans une autre pièce pour respirer, te recentrer puis y retourner.

Explique à ton enfant que tu as besoin de t’isoler quelques instants, le temps de retrouver ton calme. Pour un jeune enfant, pense aussi à lui dire que tu vas revenir t’occuper de lui – c’est très important car il peut avoir peur de te voir partir ainsi et se sentir abandonné,

Si tu sens que ça peut être compliqué mais que ça va quand même : prends une grande inspiration, dis-toi que tu as déjà réussi à faire face à cela. Ça va aller !

Le geste d’urgence quand il frappe

Si ton enfant te frappe ou essaye de te frapper, tu peux réaliser une rapide pression sur le membre qu’il utilise (bras ou jambe). Cela permettra à la tension dans le membre de se relâcher. Attention néanmoins à ne pas tomber dans la contention ; je te parle là d’un mouvement bref.

 

Mises à l’abri des objets

Si ton enfant s’en prend à des objets, essayer d’anticiper en regardant rapidement autour de toi quels sont les objets proches de lui vers lesquels il pourrait rapidement se tourner.

L’une de mes filles a tendance à fermer violemment mon ordinateur lorsqu’elle est frustrée. Désormais j’arrive en principe à anticiper et le fermer avant qu’elle n’y touche.

Tu peux aussi sécuriser l’objet que ton enfant a dans la main en le prenant toi aussi en main s’il est fragile ou dangereux pour ton enfant ou pour les autres. Car il peut vite faire l’objet d’un lancer ! Pas d’inquiétude à avoir en revanche pour une petite peluche que ton enfant jetterai au sol : cela permettra d’évacuer la tension.

 

Et une porte qui claque…

J’ai eu plus d’une fois droit à la maison aux portes qui claquent… il en reste quelques petites fissures sur les peintures tout autour d’ailleurs. Cela peut être irritant de les entendre manifester si bruyamment leur colère mais finalement, il vaut mieux qu’ils s’en prennent à la porte qu’à eux-mêmes, à toi ou à leur petite soeur, non ? Ce geste de claquer la porte permet de décharger la tension et de revenir à un équilibre du corps (la décharge dont je t’ai parlée). Ta maison devrait y survivre 😉

 

Reconnaître sa colère

Parler d’une voix aussi calme que possible et reconnaître la colère de ton enfant : « Je vois que tu es en colère »

Il est important pour l’enfant de se sentir compris. Pour le plus jeune enfant de voir son émotion nommée car il ne sait pas forcément ce qui se passe en lui.

 

Tu as aussi droit au respect

Si ton enfant t’insulte, lui dire calmement que bien qu’il a le droit d’être en colère, il doit te respecter et que tu n’acceptes pas ses insultes. Il s’agit là d’imposer aussi tes limites. Si besoin, tu peux également en reparler à froid.

 

Un contact physique ?

Lui proposer un contact physique via une main tendu ou des bras ouverts. Puis respecter son choix s’il ne le souhaite pas. La contention, souvent proposée dans l’éducation dite positive, n’est pas une option pour moi : imposer va à l’encontre d’une relation respectueuse. Celle-ci peut de plus décupler la colère de ton enfant (je te confirme que ça sent le vécu de la maman qui pensait bien faire !).

Chez les enfants les plus jeunes (voire les plus grands), ce contact physique consenti permettra souvent un retour au calme assez impressionnant.

⭐ OUT le « time-out »

Bannir le fameux Time-out (imposer à l’enfant d’aller s’isoler) pourtant si souvent prôné dans les programmes d’habiletés parentales pour les enfants TDAH. Je te parlerai prochainement plus en détail des méfaits du time-out.

 

D’autres manières d’exprimer sa colère

Tu peux inviter ton enfant à exprimer sa colère autrement : en allant crier dans un coussin, en tapant sur quelque chose qui ne le blessera pas. En serrant très fort les poings et en faisant un mouvement d’épaules vers le sol pour décharger la tension. En écoutant une musique qui défoule.

Cela se fait plutôt à froid, une fois la tempête passée. Pour venir peu à peu l’ancrer.

 

Laisser ton enfant expérimenter ce qui lui semble bon

Et fais-lui confiance lorsqu’il expérimente et apprend peu à peu ce qui l’aide à se calmer. Nous ne réagissons pas tous de la même façon face à la colère et aux tensions qu’elle engendre.

L’une de mes filles a tendance à partir s’isoler dans sa chambre lorsqu’elle est en colère, après m’avoir bien fait comprendre qu’elle était en colère ! Cela a été pendant longtemps difficile pour moi de la laisser s’isoler sans même pouvoir m’expliquer sur ce qu’elle me reprochait (injustice quand tu nous titille !). Mais c’est ce qui est bon pour elle… et cela permet effectivement de faire retomber la pression puis de finir la discussion quand les émotions ne sont plus à vif.

Et si je dérape malgré tout la prochaine fois ?

 

Tout ne va pas changer miraculeusement du jour au lendemain. Tu vas encore probablement déraper à l’avenir. Crier sur ton enfant, le blesser par tes paroles ou encore le punir.

Sois indulgente avec toi-même.

Mets à profit la petite dose de culpabilité que tu ressens alors pour rebondir et de poursuivre le changement que tu as amorcé dans ta posture parentale !

Être dans une parentalité respectueuse, ce n’est pas réussir à garder son calme en toute circonstance au mépris de ses propres besoins. C’est en revanche rester toujours respectueux de son enfant et de la relation, quoi qu’il se passe.

Une fois le calme revenu dans ton esprit, explique-lui que tu n’aurais pas du agir ainsi et demande-lui pardon. Cette réparation est importante : un enfant sur qui l’on crie ou qui est puni se considérera toujours comme coupable. La réparation permettra de ne pas abîmer son estime de soi mais également de préserver les liens que vous tissez dans la durée et qui sont le gage d’un accompagnement au long cours de ton enfant sur son chemin de vie.

De manière plus générale, je te conseille aussi de travailler toi-même en profondeur sur tes émotions. Cela te permettra de traverser de plus en plus sereinement tes émotions. Cela permettra aussi à ton enfant d’apprendre comment traverser la colère de manière plus saine. Cela entraînera aussi sans aucun doute une diminution de ses « crises » de colère ou au moins de leur intensité.

Si la violence s’est déjà fortement installée, il est préférable de ne pas tarder à te faire accompagner. Par quelqu’un qui pourra comprendre ce que tu traverses et t’aider à trouver les solutions qui te permettront de sortir de cette spirale. Des solutions respectueuses à la fois de ton enfant et de toi-même, qui vous permettront de tenir la violence à distance sur le long terme grâce aux liens empreints de confiance que vous tisserez.

Il y a probablement des psychologues ou médecins qui pourraient être à ton écoute mais je reste frileuse sur le sujet au regard de ce que j’ai pu expérimenté ou des témoignages que j’ai pu avoir. La grande majorité pense malheureusement encore que l’éducation passe par l’autorité de l’adulte. Non pas une autorité naturelle qui se créer parce que ton enfant te respecte pour qui et pour ce que tu es mais une autorité basée sur le simple fait que tu sois un adulte, qui légitime les violences éducatives ordinaires telles que les punitions ou encore le « time-out ». Or, si tu lis ce billet, c’est que tu es déjà convaincue que ceci n’est plus la voie à suivre 😉

Tout cela fait écho à ta situation ? Partager ton expérience en commentaire ou si tu souhaites le faire de manière plus confidentielle, écris-moi un mail à celine@le-metier-a-tisser.com

 

 

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